J'aime les mercredis à MCLeod

Extrait de mon journal de bord de voyage.

Entrée datant du 19 mai 2016 lors de mon premier séjour en Inde.

J’aime les mercredis à McLeod Ganj.

J’aime remonter Temple Road sous un soleil matinal déjà ardent. J’aime saluer un par un les marchands de tapis kashmiris et les vendeurs de fausses antiquités tibétains. « Morning, how are you today? Good and you? ».

J’aime me poser dans un petit restaurant à midi et manger simplement. Je suis éternellement reconnaissante envers l’anglaise sexagénaire et dynamique qui m’a mise dans la confidence de ce lieu en retrait où la médiocrité de la décoration n’a d’égal que son thali et la convivialité de ses gérants.

Je me passionne à regarder passer les tibétains sur leur Royal Enfields, superbes dans leurs tenues traditionnelles. J’aime tout autant observer le goût avec lequel les tibétaines de tous âges auront choisi de marier les couleurs de leur chuba. Les mercredis à McLeod, en plus de porter les tenues traditionnelles, tout le monde mange végétarien. Parce que les mercredis c’est Lhakar.

J’aime être encore en début de semaine, avant que les hordes de touristes pieds et épaules nus déferlent dans les rues. De ceux qui se cherchent ou qui cherchent à montrer qu’ils se cherchent, je n’ai jamais bien su.

J’aime encore plus lorsqu’un gros orage de chaleur éclate et prend tout ce petit monde par surprise, marchands, tibétains chamarrés et occidentaux en quête. L’obscurité se fait soudainement et des trombes d’eau s’abattent sur ce village tout en dénivelé. Comme pour laver McLeod de sa poussière, de sa pollution et de ses trop grandes ambitions. La pluie remet les aspirations de chacun bien à plat. À intervalles réguliers, des éclairs déchirent le silence qui s’est peu à peu installé. Ils semblent si proches, si puissants qu’ils me font douter de la solidité du toit du café dans lequel je me suis réfugiée.

Les rues sont maintenant vides, l’idée me traverse que finalement cette ville est en permanence transpercée par le mouvement. Comme cette grosse coulée boueuse qui est entrain de se former sur la route accidentée. Le nombre incalculable de logements inachevés côtoyant les guest house bien installées sont la preuve que personne ne reste à McLeod. Tout le monde n’est que de passage, le temps de se trouver, de vendre assez de tapis pour la saison ou de pouvoir enfin rentrer chez soi. On se dit qu’on ne reste qu’une semaine, un mois, un siècle.