L'urgence de l'émotion

En 2015, j’étais une jeune étudiante en Master Diffusion de la Culture. Je partage ici l’édito de mon mémoire rédigé suite à l’attentat Charlie Hebdo.

Bien que j’ai beaucoup évolué depuis, je reste en accord avec la jeune fille qui a composé ce texte.

L’émotion a été grande ce début janvier 2015, elle nous a tous touché de plein fouet, sans crier gare. Chacun a fait comme il a pu pour l’appréhender, pour vivre avec durant quelques jours, quelques semaines.

Si l’empathie nous a réunis ponctuellement lors des marches républicaines, il est urgent de multiplier les occasions de ressentir ensemble. Une pièce de théâtre par exemple nous permet d’être lié au destin des personnages et à celui des autres spectateurs dont on frôle parfois l’épaule ou qu’on entend rire à l’autre bout de la salle. C’est cette émotion qui nous arrache au quotidien et nous incite à réfléchir sur les possibles d’une société en perpétuel renouvellement. Le théâtre joue ce rôle d’éducation à l’émotion et à l’imagination. À travers une fiction, une pièce suscite le temps d’un spectacle une expérience authentique qui nous nourrit dans la vie de tous les jours, réellement.

Avant le master, j’avais déjà une pratique culturelle plutôt fournie, mais je n’ai jamais eu l’occasion de mettre les mots sur ce que je ressentais, d’analyser toutes ces émotions. Il me semble que c’est la raison de vivre première de l’acte de création : la communication d’émotions. Que ce soit l’émerveillement du Lac des Cygnes ou la « tristesse à caractère général » des Particules Élémentaires, j’ai vibré toute cette année. L’art sous toutes ses formes, nous permet d’éduquer nos émotions, de les expérimenter de façon profonde et tangible. Il est là, le fameux intérêt de la culture.

Une œuvre qu’elle soit théâtrale, musicale ou visuelle existe pour provoquer des résonances, nous permet d’écouter ce qu’on refuse d’entendre, voir ce que nous n’osons pas regarder. Au fur et à mesure de la confrontation à la création, nous nous éduquons nous-mêmes. Cet exercice pratique parfois contre notre grès se poursuit ensuite dans la vie quotidienne. La pratique de l’empathie, de l’émotion pure nous permet d’ouvrir notre perception du monde. Nous rendre compte qu’il existe autre chose par delà nos idées préconçues.

Je suis ici aujourd’hui, en fin de première année, car je suis convaincue que ce qui peut faire progresser les consciences et tout d’abord quelque chose à la fois d’intime et collectif. Plus humblement, je suis aussi ici pour ma propre expérience de vie. La culture me fait personnellement grandir. J’aime qu’on me raconte des histoires, qu’on malmène ma perception et attise mes émotions. Si l’expression artistique ne sauvera pas le monde, elle aura au moins le mérite de m’apporter un vécu unique.